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Quand nos rhétos portent Edmond aux nues !



Oyez, oyez, amis des mots, amants du beau !


Hier soir, dans l'antre où s'agitent les ombres, une lumière soudaine a balayé le doute. Ne cherchez plus le panache au fond des livres poussiéreux, il a pris corps, fougueux et triomphant, sur les planches foulées par nos rhétos. Ils n’ont pas joué Edmond, non ! Ils l’ont étreint, ils l’ont vécu, ils l’ont hissé vers les astres avec la rage délicieuse des premiers émois théâtraux. J'ai cherché mes élèves mais n'ai vu que des acteurs !



À peine le rideau levé, le temps s’est arrêté… ou plutôt, il s’est emballé ! Point de répit pour mon vieux cœur, malmené par cette cadence infernale. C’était une parade verbale, une joute d’esprits, où les répliques fusaient comme des feux d’artifice ! Pan ! Une boutade. Vlan ! Une révélation. Et hop ! Le changement de décor. Mes yeux papillonnaient, incapables de saisir chaque détail de cette danse effrénée. Ce n'était pas du théâtre, c’était une chevauchée fantastique à travers la genèse d'un chef-d'œuvre !


Point n’est besoin de millions pour créer l’infini quand on a du génie. Les décors ? Intelligents, vous dites ? D'une ruse suprême ! Quelques panneaux virevoltent, et voilà Edmond passant du salon feutré à la chambre. Un tour de main, et la scène devient balcon, café d'Honoré ou scène de théâtre de Coquelin ! Une mécanique de rêve, invisible et divine, qui nous fait voyager sans bouger d’un pouce. C’est de la magie, pure et dure !


Ah ! Ces velours, ces dentelles, ces drapés ! Un éblouissement pour la rétine ! Chaque entrée était un tableau, chaque sortie un soupir d'admiration. Le scintillement des étoffes répondait à l'éclat des vers. Ils n’étaient pas déguisés, ces rhétos, ils étaient transformés ! Du corset le plus strict à la cape la plus flamboyante, l’illusion était totale, le voyage temporel assuré.


Mais le prodige, le vrai, le souverain, ne réside ni dans la toile peinte ni dans le fard. Il est là, dans cette communion électrique où mille cœurs ne battent plus qu’à l’unisson. Dans la salle, ce n'était pas votre famille, vos amis, vos professeurs ! Non c'était votre public !


On riait, messieurs dames ! Des éclats sincères, profonds, qui faisaient trembler les murs du vieux Lindthout. Le ridicule des uns, la naïveté des autres, la malice de la création, une cascade… un festival de gaité !

Et soudain… silence. Un silence lourd, magnifique, insoutenable. Le doute d’un génie, la beauté d’un vers qui s’étire comme une caresse… On retenait notre souffle. Un moment suspendu entre terre et ciel, où l’émotion, pure, nue, nous prenait à la gorge. Un frisson sacré qui parcourt l’assemblée, une larme furtive essuyée au coin d’un œil. C’est cela, le mystère du théâtre, cette capacité à nous briser le cœur avant de le réparer d’un sourire.


Qu'on se le dise, les rhétos ont osé ! Ils se sont attaqués à une montagne et ils l'ont gravie avec la grâce d'un danseur et la fureur d'un conquérant. Par la fureur de cet éclat, ils nous ont fait la preuve souveraine qu'ils sont prêts pour le grand envol ! C’est une envergure de géants qu’ils déploient ! Et que l'on se le dise, messieurs : il n'est aucune montagne, fût-elle de l'Olympe, qui, désormais, oserait barrer la route à ces braves ! Ils nous ont offert plus qu'un spectacle, ils nous ont légué un souvenir impérissable.


Alors, pour cette nuit magique, pour ces rires et ces soupirs, pour ce voyage au cœur du génie français, je n’ai qu’un mot à vous adresser, à vous, jeunes comédiens au talent déjà grand :

MERCI !

Et que votre panache ne s’éteigne jamais !



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